Trois semaines après la formation de son gouvernement de large coalition, Antoine Gizenga a enfin présenté la quintessence de son programme d’action gouvernementale aux élus du peuple.
Une somme d’ambitions, colossales certes, mais parfaitement réalisables. Le Palais du Peuple de Kinshasa, siège du Parlement a vécu jeudi une journée spéciale marquée par la cérémonie de présentation du programme du gouvernement devant l’Assemblée nationale en vue de l’investiture de ce premier conseil de la 3ème République.
L’événement a drainé une grande foule de manifestants tout exubérants d’allégresse comme à un grand jour de fête et dont les jubilaires étaient en majorité des militantes et militants du Parti lumumbiste unifié (Palu) de la vedette du jour, le Premier ministre Antoine Gizenga.
C’est au milieu de la plénière de jeudi à l’Assemblée nationale en session extraordinaire que le Premier ministre et son équipe gouvernementale ont été accueillis solennellement par les députés qui poursuivaient leurs travaux sous la direction du Président de cette Chambre basse du Parlement, M. Vital Kamerhe.
L’ordre du jour de la plénière avait prévu trois temps forts de la cérémonie, à savoir la présentation de l’équipe gouvernementale, l’adresse du Premier ministre portant sur la présentation de son programme et le débat autour des éclaircissements sollicités par les députés avant d’accorder leur quitus audit programme en procédant ainsi à l’investiture de l’équipe gouvernementale.
Contestations épidermiques
Le Président de l’Assemblée nationale avait à peine invité le Premier ministre au perchoir que les députés commencèrent à s’exciter, et pour cause : le ministre auprès du Premier ministre allait présenter les membres du gouvernement en lieu et place de M. Gizenga. Les députés ne l’entendirent pas de cette oreille et exigèrent que ce soit le chef de l’exécutif en personne qui assume ses responsabilités plutôt que de mandater son porte-parole. Le Président de l’Assemblée nationale concéda à ce que M. Gizenga prenne personnellement la parole.
Le Premier ministre s’attèlera donc en un premier temps à l’appel nominal de chaque membre du gouvernement qui devait se présenter à la tribune pour être physiquement identifié par les députés et le reste de l’assistance. Naturellement après cet appel nominal des ministres et vice-ministres, un deuxième sujet d’agitation surviendra quand la majorité des députés exigeront des explications du Premier ministre sur l’omission de l’appel du titulaire du ministère du Commerce extérieur. L’affaire autour de ce candidat ministre fictif proposé par le parti politique Unadef de l’ex-ministre Kisimba Ngoy défraie la chronique.
Une première réaction un tantinet musclé viendra du député Franck Diongo qui protestera sur un ton nettement violent contre l’omission d’appel du ministre du Commerce. Convié à la tribune pour présenter cette réaction, le député Franck Diongo s’y prendra avec un énervement tellement discourtois que la parole lui sera retirée.
C’est alors que le député Lisanga sera appelé à succéder à Franck Diongo pour présenter avec plus ou moins de modération une motion requérant les précisions du Premier ministre sur le fameux dossier ministre du Commerce. D’autres députés du camp Un emboîteront le pas à l’honorable Lisanga pour enfoncer le clou sur l’affaire leur servant visiblement d’aubaine pour vitupérer contre le Premier ministre.
Le débat fut tellement houleux que dans un premier temps, le Président de l’Assemblée nationale laissa chaque député intéressé à vider sa bile comme pour prévenir le chef du gouvernement qu’ils ne seront pas complaisants dans la critique de son action dont le mystère autour du ministre fantôme constituait la première gaffe. La propension à la contestation est apparu épidermique dans le camps de l’opposition. La plénière frôla le blocage des travaux dont d’aucuns voulurent suggérer la suspension tant que n’était pas apportée par le Premier ministre toute la lumière autour du sujet.
L’investiture envisagée pour ce samedi
Le Président de l’Assemblée nationale qui donna la première impression d’avoir encaissé les percutantes remarques des uns et des autres membres de la Chambre basse du Parlement retourna intelligemment la situation en un second temps en ralliant tout le monde à sa proposition de laisser le Premier ministre préparer les réponses à toutes questions formulées par les députés sur tous les points de son intervention, en l’occurrence et la présentation des membres du gouvernement et la présentation du programme.
M. Kamerhe laissa clairement entendre que le chef du gouvernement devait revenir le jour suivant pour donner les éléments de réponses à toutes les questions qu’auraient à soulever les députés. C’est seulement au terme de ces compléments d’informations que l’Assemblée nationale devait donner son quitus au programme gouvernementale et accepter l’investiture du Conseil envisagée dès lors pour la journée de samedi, le temps que les plénières de jeudi et vendredi épuisent les débats.
Le compromis trouvé permit la poursuite des travaux avec l’étape de l’intervention encore du Premier ministre pour la présentation proprement dite du programme d’action de son gouvernement. Pendant plus d’une heure, M. Antoine a tenu le perchoir pour lire posément clairement le texte de présentation du programme gouvernemental. Plusieurs moments il soulèvera les ovations aussi bien des membres de l’Assemblée que de l’assistance.
Gizenga proclame la lutte contre chômage priorité des priorités
Le programme gouvernemental présenté dans le discours du Premier ministre a ciblé tous les secteurs de la vie nationale dont est préconisé le changement radical des méthodes de gestion. Les actions envisagées ont été tracées avec précision. Plusieurs phrases clé du discours étaient martelées à la grande satisfaction du public acquiesçant l’annonce du changement avec des déclarations comme celles-ci : Le temps est venu et il est déjà là où les gestionnaires de la république ne devront plus être au-dessus de la loi. Le gouvernement assumera son autorité sans failles pour appliquer la sanction positive et négative. Mettre fin à la corruption et à l’enrichissement sans cause
Le chapitre sur le coût de l’ambitieux programme de refondation manifeste de la Rdc révélera la bagatelle de 14,5 milliards de dollars à mobiliser sur les cinq années du mandat qui démarre. Le Premier ministre semble prendre le pari de faire produire la moitié de ce financement par les ressources intérieures tandis que l’autre moitié proviendrait des bailleurs des fonds et autres partenaires extérieurs. Il est prévu dans ce contexte un montant de 2 milliards de dollars pour le budget 2007 à côté de 3 milliards pour les quatre autres années du quinquennat.
Les mots de clôture de la présentation du programme gouvernemental atteste de la sorte de rêve que s’est autorisé le premier ministre proclamant que le gouvernement est décidé à faire de la RDC non une forêt vierge où règne la jungle avec les gros arbres s’accaparant de toutes les pluies qui tombent du ciel, mais plutôt un jardin botanique où toutes les plantes ont la chance d’être arrosées ».
Le discours du Premier ministre a été suivi après une pause d’une demi-heure par les interventions successives des représentants des groupes parlementaires de toutes tendances émettant des remarques tantôt en recommandations tantôt en critiques acerbes vilipendant ou pourfendant carrément le programme présenté, selon qu’on est du camp du pouvoir ou de l’opposition.
Les interventions les plus remarquées ont été faites par les honorables députés Kiakwama, Mbenza Thubi, Kin Kiey Mulumba, Bofassa Djema, François Mwamba, José Makila condamnant ouvertement le programme comme cela ne pouvait étonner, du fait des opinions déjà déclarées opposées au pouvoir. Le président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe faisait chaque fois preuve de remarquable contenance pour maîtriser ces relents de débordement des représentants du camp de l’opposition.
Discours hardi et osé à la mesure des attentes du peuple congolais
Il a donc fallu plus d’heure au patriarche Gizenga pour donner aux élus du peuple toute la quintessence d’un programme dont le moins que l’on puisse dire à ce sujet est qu’il ne manque ni hardiesse ni audace dans sa formulation et dans ses différentes articulations.
Le contenu de ce programme a été certes soutenu par les députés de la majorité dans son entièreté, mais bon nombre des députés indépendants et quelques-uns de l’Opposition ont réservé des applaudissements non mitigés sur plusieurs points qui ne pouvaient pas les laisser indifférents en raison de leurs similitudes à leur propre programme de société. Dont ceux par exemple ayant trait à la reconstruction, à la modernisation des infrastructures et des équipements de base et à leur réhabilitation là où elles existent.
Dans son ensemble, le Premier ministre ne s’est pas fait faute, pour soutenir ce programme gigantesque et ambitieux, d’assortir celui-ci des priorités qu’il comporte, certains, notamment le secteur de l’agriculture constituant la priorité des priorités, et d’autres, telle la reconstruction appelée la priorité absolue ont été étayés par les moyens de leur réalisation. Si bien que ce programme, pour ambitieux qu’il paraît, ne relève ni de l’utopie, ni ne participe d’un amalgame de constructions démagogiques sans lendemains : encore moins « un catalogue de bonnes intentions » comme l’a ironisé Gilbert Kiakwama Kia Kiziki, le très moraliste président du groupe parlementaire des Chrétiens démocrates.
Ce ne sont pas tous ses collègues de l’Opposition qui partagent cette vue bigle et . Lui qui a prétendu avoir réalisé des miracles quand il a été aux affaires dans l’un des gouvernements Kengo, et qui a vu d’autres gouvernements Mobutu « faire ça » ! « Ca » étant compris, dans son entendement, comme l’affirmation de la bonne gouvernance ! Bah, laissons le patron du groupe parlementaire des Chrétiens démocrates s’obnubiler dans cette orgueilleuse évocation d’une période qui a tellement affamé le peuple congolais que Mobutu en a été outré au point de reprouver publiquement le meneur de l’équipe gouvernementale dite de « la rigueur ».
Toutefois, il faut reconnaître à Gilbert Kiakwama l’honnêteté d’avoir par la suite invité le Premier ministre à exercer une main mise sans relâche sur les organismes officiels mobilisateurs des recettes de l’Etat tel l’Ofida, la Dgrad pour ne citer qu’eux, qui sont autant de sources d’évasion des moyens d’action du gouvernement. Venant de la bouche de cet ancien membre du cercle restreint du groupe Kengo, l’invitation vaut son pesant d’or : l’homme, il n’est pas inutile de le rappeler, avait entre autres géré en son temps le ministère des Finances : il sait donc de quoi il parle ; et le Premier ministre a tout intérêt à suivre son exhortation.
L’intervention du président des démocrates chrétiens, très incisive au départ s’est enfin achevée sur une note d’apaisement, affirmation non moins honnête qui constitue une main tendue au chef du gouvernement. A la condition, a-t-il dit, « que nous regardions tous, le gouvernement et nous Opposition » dans la même direction » !
Le paragraphe de l’allocution du chef de l’Exécutif stigmatisant l’impunité qui a été institutionnalisée dans ce pays depuis des décennies, relatif à l’invitation qu’il a lancée à tous les citoyens de la République à cesser de se considérer comme vivant au-dessus des lois de la République a tout aussi retenu l’attention de ses interlocuteurs qui en ont apprécié la portée. Surtout que la magistrature a été conviée, pour ce faire, à tirer profit de cette nouvelle donne politique pour garantir au petit peuple les mêmes garanties de justice que les nantis.
Le discours du Premier ministre qui sollicite des élus du peuple l’investiture de son gouvernement n’a rien laissé au hasard dans l’énumération des objectifs qu’il vise, et qui s’arc-boutent aux 5 chantiers chers au Président de la République et qui sont la préfiguration du contrat social qu’il veut prendre avec le peuple congolais.
Il va sans dire que les critiques qui fuseront du camp de l’Opposition, pour constructives qu’elles pourraient être ne manqueront pas d’être accueillies pour peu qu’elles soient pertinentes. Si tant est qu’elles soient de nature à participer à l’effort national conjugué de tous les fils du pays à reconstruire un pays détruit par plus de trente années d’incurie et de mauvaise gouvernance et d’empiètement des droits de l’homme.
D.Nzuzi et Cl.Vidibio/MMC