KINSHASA, Rép. démocratique du Congo (AP) - Le candidat malheureux à l’élection présidentielle au Congo, Jean-Pierre Bemba, a qualifié les violents combats de la semaine dernière qui ont fait plus de 100 morts à Kinshasa de tentative d’assassinat. Il a déclaré lundi que ses hommes n’ont fait que riposter à une attaque contre sa résidence.
"Les premiers coups de feu ont été tirés à 11h du matin. C’était une opération bien préparée", a déclaré Bemba par téléphone à l’Associated Press depuis l’ambassade d’Afrique du Sud à Kinshasa où il a trouvé refuge depuis le début des combats jeudi. Selon lui, deux bataillons de troupes gouvernementales ont encerclé sa résidence avant le début des tirs.
Plus de cent personnes sont mortes en deux jours dans ces combats, a estimé dimanche l’organisation humanitaire catholique Caritas, qui travaille avec les hôpitaux et morgues congolais.
Le gouvernement du président Joseph Kabila a pour sa part affirmé que les forces gouvernementales avaient réagi à une tentative de la garde de Bemba de prendre le contrôle d’une partie de la capitale. Le gouvernement a émis un mandat d’arrêt contre Bemba et Kabila a condamné la violence de ce qu’il a qualifié de tentative de coup d’Etat.
"C’est politique", a déclaré pour sa part Bemba. "Croyez-vous que quelqu’un qui veut fomenter une insurrection laisserait sa femme et ses enfants en ville ? C’est absurde. Quand les attaques ont commencé, j’étais avec ma femme à la maison et mes enfants étaient à l’école."
L’an dernier, M. Bemba est arrivé deuxième à la première élection présidentielle démocratique en RDC. Il a finalement accepté sa défaite, est devenu sénateur et accepté de démanteler sa milice, sans concrétiser cette promesse.
Bemba dit avoir 350 combattants dans le pays, dont 200 dans la capitale. C’est très largement en-deça des 1.200 hommes évoqués par le ministre de la Défense Chikez Diemu et des 1.500 attestés par le porte-parole de Bemba en octobre.
"Organisez-vous un coup d’Etat avec 200 hommes ?", a demandé Bemba. L’ancien seigneur de la guerre -Bemba a commandé par le passé quelque 20.000 hommes- pense que l’attaque avait pour but de réduire au silence l’opposition.
"En essayant de me tuer, il envoie un avertissement à tous les opposants au Congo : il est prêt à tuer quiconque s’oppose à lui", a déclaré Bemba.
On ignore toujours ce qui a précisément déclenché les affrontements jeudi à Kinshasa entre l’armée et la garde du candidat malheureux à la présidence Jean-Pierre Bemba. Des mortiers sont tombés de l’autre côté du Congo, à 4km de la capitale Brazzaville. A Kinshasa, des bâtiments ont pris feu et une épaisse fumée noire s’élevait d’une raffinerie de pétrole touchée.
Les forces de sécurité fidèles au président Joseph Kabila ont repris le contrôle vendredi soir de la capitale de RDC où le calme est revenu samedi. Un photographe de l’Associated Press a toutefois compté dix cadavres attendant d’être ramassé dans la rue par les ambulances de la Croix-Rouge.
L’ambassade de France à Kinshasa a averti dimanche ses ressortissants d’éviter un quartier de la capitale appelé Kingabwa Pêcheur, près du fleuve Congo, évoquant des informations selon lesquelles des combattants loyaux à M. Bemba se cachaient dans le secteur.
Bien que riche en diamants, or et autres ressources, ce vaste pays d’Afrique centrale de la taille de l’Europe occidentale se remet difficilement de ses années de dictature et de guerre civile. Le réseau routier et électrique y est peu développé hors des grandes villes. AP