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ARTICLE DE LA RUBRIQUE : communiqué de presse  
 

Document destiné au public CP/KN

Mise en ligne : iciafrik


Communiqué de presse n° 2007-0056 /CODHO/KN/2007

RD Congo : HAUTE COUR MILITAIRE - Procès de l’affaire « lieutenant-colonel Kalenga et consorts » - CODHO demande des garanties suffisantes de ne pas condamner les coupables à la peine de mort

Kinshasa, le 10 octobre 2007 - Le Comité des Observateurs des Droits de l’Homme (CODHO) à Kinshasa, en République démocratique du Congo, a observé jeudi 8 novembre 2007, l’audience publique dans salle de la Haute Cour Militaire (HCM), de l’affaire opposant « le général Ngoie Kalubi Bob et le ministère public, contre le Lieutenant-colonel Kalenga Jean- Beauvin et consorts ».

Ils sont tous poursuivis pour : « lâcheté, démobilisation des troupes, outrage à un supérieur, incitation des militaires et désertion ».Ils encourent le risque d’être condamnés respectivement :

1. lâcheté : peine de mort (article 57 du code pénal militaire) ; 2. démobilisation des troupes : de dix à vingt ans de servitude pénale et est punie de mort lorsque les faits sont commis en temps de guerre (article 146 du code pénale militaire) ; 3. outrage à un supérieur : cinq ans au maximum de servitude pénale ou à dix ans au maximum de servitude pénale et même de servitude pénale à perpétuité lorsque le coupable est officier militaire (article 95 du code pénale militaire), et puni à six mois à deux ans de servitude pénale si les voies de fait n’ont a été exercées pendant le service ou à l’occasion du service ou puni d’un à cinq ans si le coupable est officier militaire (article 96 du code pénal militaire), puni de six mois à cinq ans de servitude pénale si l’outrage a son supérieur et à un supérieur a été par paroles, écrits, gestes ou menaces - le coupable peut en outre encourir la destitution (article 97 du code pénal militaire), et la servitude pénale prévue par les articles 95, 96 et 97 peut être portés à la servitude pénale à perpétuité et même à la peine de mort, si les infractions y prévues ont été commises en temps de guerre ou pendant les circonstances exceptionnelles (article 100 du code pénal militaire) ; 4. incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir ou à la discipline : cinq à vingt ans de servitude pénale, en temps de paix ou la peine de mort en temps de guerre et pendant les circonstances exceptionnelles ou dans toutes circonstance pouvant mettre en péril la sécurité d’une formation militaire (article 88 du Code pénal militaire) ; 5. désertion : peine de mort (à bande armée - article 49 du code pénal militaire ou à l’ennemi ou en présence de l’ennemi - article 50 du code pénal militaire) ;

En effet, selon les sources de CODHO, en date du 5 mars 2006, le Lieutenant-colonel Kalenga et consorts s’étaient vus subitement arrêtés par les éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), sur ordre du Général Ngoie Kalubi Bob, Commandant des opérations militaires de l’Ituri (province Orientale). Ils ont été détenus au cachot de l’état-major de ce district avant d’être acheminés, le 9 mars 2006, à la prison centrale de Bunia, chef-lieu du district de l’Ituri. Les vingt-et-un militaires ont été

condamnés le 25 avril 2006 par le Tribunal militaire de garnison de Bunia dans la Province Orientale. A son tour, l’Administration centrale a jugé important de les transférer à Kinshasa en date du 19 août 2006, plus précisément au Pavillon 1 du Centre pénitentiaire et rééducation de Kinshasa (CPRK) ex- prison central de Kinshasa.

Déroulement de l’audience du 8 novembre 2007

L’audience de jeudi 8 novembre 2007, était consacrée essentiellement à la vérification des identités des 21 prévenus, tous militaires. Ils ont été arrêtés à Bunia, en Ituri où ils ont été jugés au premier degré devant un Tribunal militaire de la Garnison avant d’être transférés à Kinshasa, le 19 août 2007. Cinq motifs d’accusation sont retenus contre ces militaires  : « lâcheté, démobilisation des troupes, outrage à un supérieur, incitation des militaires, et désertion ». .

Après lecture du rapport du dossier enregistré sous le numéro RPA/012/06, par la cour, celle-ci a procédé à la vérification de vingt prévenus présents dans la salle d’audience dont le Lieutenant-colonel Kalenga et consorts. Le sous-lieutenant Tshibangu était absent à l’audience de ce jeudi pour raisons de santé, a-t-on indiqué sur place.

Il s’agit de : Lieutenant-colonel Kalenga Jean-Beauvin, Capitaine Ngoy Kakudji Philippe, Lieutenant Mapindunzi Muhima Jean-claude, Sous-lieutenant Eddy Etsholo, Sous-lieutenant Kabisha Kaswangulu, Sous-lieutenant Tshibangu Tshimanda, Sous-lieutenant Kusa Bossa, Sous-lieutenant Makambo Eyanga, Sous-lieutenant Siga Ndaka, Sous-lieutenant Ahundo Monga, Sous-lieutenant Ntumba Mbuyi, Adjudant-chef Kongolo Mbuyi, Adjudant Yalanga Lisikiyo, Adjudant Ngando Mbuli, Sergent Ngongo Kongolo, Sergent Kasongo Pierre, Adjudant Matungulu Tshipamba, Caporal Ahonganki Kimbindo, Caporal Nyamwisi Nyamwisi, Sergent Itumulia Aketi, Caporal Lombosi Claude.

Dans la suite de l’audience, la cour s’est proposée de poser quelques questions à chacun des prévenus, par rapport au jugement rendu au premier degré. Par cette démarche, la cour a voulu entendre les prévenus individuellement avant de voir ceux-ci assistés par leurs avocats. Mais, la Haute cour militaire s’est finalement gardée d’adopter cette procédure. Les avocats de la défense, qui n’avaient pas assisté les prévenus au premier degré devant le Tribunal militaire de la Garnison de Bunia se sont opposés à cette approche. Ils ont demandé au tribunal de leur accorder un temps nécessaire pour réunir les éléments du dossier.

Ainsi, en vue de permettre aux avocats de la défense de pénétrer les dossiers, la cour a accédé à la proposition des avocats de la défense, relayée également par le Ministère public. C’est pour cette raison que la cour a décidé de suspendre l’audience de jeudi et de fixer la prochaine audience à la date du 15 novembre 2007, à 9 heures à la Chambre foraine du Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa (CPRK), ex-prison centrale de Kinshasa.

1. Résumé des faits

Selon les informations parvenues au CODHO, le Général Ngoie Kalubi Bob, Commandant des opérations militaires de l’Ituri, avait donné l’ordre au Lieutenant-colonel Kalenga Jean-Bauvin, Commandant 1e Bataillon commando intégré de reconquérir la localité de Tsheyi à Bunia, occupée par les miliciens dont la présence, dans cette partie, présageait de relancer une nouvelle rébellion. Selon des sources locales, le but de cette milice consisterait à troubler les opérations électorales de 2006 dans cette région. Lesdits miliciens étaient aussi soupçonnés par le Gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) d’être de connivence avec le régime de Kampala.

De son côté, le Lieutenant-colonel Kalenga Jean-Bauvin a exécuté l’ordre reçu de la hiérarchie militaire. C’est ainsi que, lui et ses troupes se sont rendus au front pour neutraliser la milice naissante signalée dans cette partie du pays. Et cela, malgré l’insuffisance de moyens logistiques et le manque d’un cadre opérationnel. Néanmoins, ils ont conquis trois localités jusqu’à 500 m de l’objectif visé par l’opération. Ils ont opposé une offensive pendant trois jours et ont demandé le ravitaillement mais, en vain. Malheureusement, en dépit des difficultés endurées au champ de bataille, le Général Ngoie, demandait au Lieutenant-colonel Kalenga de rester toujours en défensive car, « les munitions ne proviendraient que de Kinshasa via Kisangani avant d’arriver à Bunia », leur disait-il. Alors que pendant ce temps, les miliciens (ennemis) ont capitalisé la léthargie de l’adversaire et lui ont coupé la liaison de communication. Forts de cet état de choses, ils ont renforcé leur position et ont fait une contre offensive foudroyante. En plus, lorsque le ravitaillement arriva, les militaires sous la conduite du Lieutenant-colonel Kalenga engagés dans cette opération recevront, chacun, 20 cartouches seulement.

Selon les mêmes sources de CODHO, au demeurant, eu égard à l’insuffisance des minutions et autres matériels de combat, les troupes sous l’ordre du Lieutenant-colonel ont décidé unanimement et volontairement de ne plus combattre ces miliciens qui, du reste, étaient bien armés. Malgré tout le retard connu dans l’acheminement des matériels auprès des éléments des FARDC, le Général Ngoie continuera à insister pour que les troupes restent en défensive. « Ils doivent consolider leur position au front », ne cessait d’ordonner Ngoie. Le comble de tout : Malgré les efforts fournis, les miliciens avaient été dotés d’un arsenal militaire plus puissant par rapport à celui utilisé par les éléments de l’armée régulière. Suite à l’incapacité des Forces armées de la RD Congo - FARDC à en découdre avec les miliciens, le Général Ngoie va donner l’ordre à son Bataillon de replier jusqu’à la Localité d’Aveba où se trouvaient les soldats de contingent de la MONUC. Après Aveba, ils sont tous repartis dans la Localité de Kagaba, située à 60 km de Bunia, où, à leur grande surprise, ils ont été désarmés sur ordre du Général Ngoie.

2. DES GARANTIES POUR LA PROTECTION DES DROITS DES PERONNES PASSIBLES DE LA PEINE DE MORT :

Le Comité des Observateurs des Droits de l’Homme -CODHO présente des inquiétudes quant aux infractions retenues par le ministère public à charge des prévenus, et qui les exposent au risque d’être condamnés à la peine capitale, et d’être exécutés.

Depuis 2001, la République démocratique du Congo a pris un moratoire contre la peine de mort suspendant les exécutions. Il se fait qu’en 2002 et 2003 ce moratoire a été manifestement violé par le Président de la République en autorisant la Cour d’ordre militaire -COM de triste mémoire à passer de manière très sélective aux exécutions de quelques condamnées.

Plusieurs juges, notamment militaires méconnaissent ou ignorent d’une part les engagements internationaux et régionaux pris de la République démocratique du Congo en matière de respect des droits de l’homme, notamment en matière des conditions minimales d’un procès équitable, et d’autre part le principe constitutionnel de la suprématie des conventions internationales ratifiées sur les lois du pays. .

Le CODHO rappelle que le Conseil économique et social des Nations Unies, dans sa résolution 1984/50 du 25 mai 1984 a approuvé neuf garanties pour la protection des droits des personnes passibles de la peine de mort. La première garantie stipule que :« Dans les pays qui n’ont pas encore aboli la peine capitale, la peine de mort ne peut être imposée que pour les crimes les plus graves, étant entendu qu’il s’agit au moins de crimes intentionnels ayant des conséquences fatales ou d’autres conséquences extrêmement graves ».

La quatrième garantie veut que « La peine capitale de peut être exécutée que lorsque la culpabilité de la personne accusé d’un crime repose sur des preuves claires et convaincantes ne laissant ne laissant place à aucune interprétation des faits ».

L’Assemblée générale des Nations Unies à, New York est entrain de statuer sur un texte projet de résolution sur un moratoire universel contre les exécutions. Cette résolution sera adoptée en début décembre prochain.

3. RECOMMANDATIONS :

A la Haute Cour Militaire : Le Comité des Observateurs des Droits de l’Homme - CODHO demande : 1. de désigner des conseillers (juges) reconnus par tous pour leur compétence intellectuelle, leur intégrité morale, et connaissance des engagements internationaux pris par le RD Congo en manière de respect des droits de l’homme, notamment les principes de procès équitable ;

2. des garanties suffisantes à ne pas condamner les coupables à la peine de mort ;

3. la comparution du Général Ngoie Kalubi Bob, Commandant des opérations militaires de l’Ituri, pour plus d’équité.

Fait à Kinshasa, le 10 novembre 2007

Pour tout complément d’informations, contacter le bureau du CODHO- Kinshasa à l’adresse suivante :

Bureau CODHO- Kinshasa COMITE DES OBSERVATEURS DES DROITS DE L’HOMME Téléphone : 00243 (0) 81 508 9970 E- mail : codho_kinshasa@yahoo.fr B.P : 20 Kinshasa 7, R.D. Congo Immeuble Veve Center, 1er Etage, L/ 4 2, Rue Bongandanga, Q/Anciens combattants C/ Kasa-Vubu, V. Kinshasa, R.D. Congo




 
 
 
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